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Or, les patients qui créent de toutes pièces leurs symptômes entraînant, à leur demande, interventions médicales et soins répétitifs paraissent fort éloignés du fameux baron et ils ne font pas rire du tout les médecins ! 2Dans cette revue scientifique fort sérieuse, le premier auteur et les suivants utilisent un ton au vitriol fort inhabituel pour décrire ces patients à problème qui pérégrinent d’un médecin à l’autre ». Sans se soucier du secret professionnel, les noms des patients sont cités et certains recommandent rien moins que ces consultants hospitaliers ambulants » soient placés à l’asile à vie. Comment expliquer une telle animosité ? 3La découverte du syndrome de Münchausen est contemporaine de la création du British National Health Service BNHS , né, comme la Sécurité sociale en France, après la Deuxième Guerre mondiale. Des millions de Britanniques souffraient des dommages de la guerre et beaucoup d’entre eux se sont tournés vers le BNHS, qui était gratuit et efficace. Pour certains médecins, le BNHS apparaît comme une provocation ils craignent la disparition de leur pratique privée tandis qu’ils se voient submergés de patients nécessiteux. Les médecins en veulent à ces patients qui les poussent à faire des erreurs de diagnostic et à coûter de l’argent par leurs demandes d’investigation et leurs traitements abusifs. 4Les conditions sociales et économiques de la médecine de l’après-guerre ont favorisé le contact entre des patients en manque et des médecins frustrés. L’un des résultats de cette interaction est le portrait méprisable du patient atteint du syndrome de Münchausen. 5En 1977, Roy Meadow, un pédiatre anglais, publie les cas apparemment fort différents de deux enfants une fillette de six ans présentant des infections urinaires à répétition et un garçon de quatorze ans, souffrant d’accès de somnolence et de vomissements. Le point commun entre ces deux cas réside dans le fait que les deux mères rendaient leurs enfants malades, l’une en favorisant l’infection, l’autre en intoxicant son fils au sel. Meadow en fait illico une forme particulière de maltraitance. Il estime essentiel de dire aux médecins dans The Lancet qu’ils pourraient être complices d’une forme de maltraitance, notamment en prescrivant des examens inutiles et douloureux. Cette collusion entre une mauvaise mère et un médecin qui renforce la situation lui apparaît comme un véritable scandale. Le même Meadow n’a pas d’explication concernant le comportement de la mère, sinon qu’elle utilise l’enfant pour s’entourer d’une équipe médicale amicale et rassurante. Il laisse ouverte la question de savoir si ce syndrome est inconnu parce qu’il est rare ou parce qu’il n’a pas de nom. 6Cette description est contemporaine d’une augmentation de mises en cause agressives des pratiques médicales et de conflits entre patients et médecins. Celles-ci sont favorisées du fait que la médecine et la pédiatrie en particulier ne comptent plus leurs succès. Le sida n’a pas encore fait sont apparition. La mortalité infantile a considérablement diminué, la leucémie n’est plus une fatalité, les maladies infectieuses non plus. Les prouesses techniques laissent présager un avenir radieux. Les parents qui se battent pour faire soigner leur enfant et les médecins qui ne trouvent pas de diagnostic sont dans une situation de tension qui permet aisément de fausses allégations de MSBP. Au début, les mères sont considérées par les équipes médicales comme des mères parfaites » s’occupant particulièrement bien de leurs enfants. Elles passent dans la catégorie des emmerdeuses » ou, ce qui est plus grave, des maltraitantes » quand les médecins ne trouvent pas de causes aux symptômes de l’enfant. Roy Meadow est ce pédiatre qui déclarait encore récemment à propos de la mort subite du nourrisson Un décès, c’est une tragédie ; deux, cela prête au soupçon, et trois, ce sont des assassinats ». Expert auprès des tribunaux, il a envoyé des dizaines de mères en prison. Le journal Libération relate ainsi l’histoire de sa dernière victime en 1989, Angela Cannings perd sa fille âgée de treize semaines; en 1991, elle perd son fils Jason à sept semaines. Huit ans plus tard, son troisième enfant, Matthew décède à l’âge de quatre mois. Une enquête est ouverte. Angela Cannings est condamnée à la prison à vie pour avoir étouffé ses enfants. En déclarant à la barre que la mort de trois bébés d’une même mère était un événement rare, très rare », Roy Meadow a emporté la décision des jurés. L’existence de neuf nourrissons décédés subitement dans la même famille ne les a pas ébranlés le moins du monde. Fort heureusement, Angela Cunnings a été acquittée en appel depuis, on a montré que plusieurs morts subites peuvent bel et bien se produire dans une même famille. 7C’est encore un Anglais, David Southall, qui, dans les années 1990, a placé des caméras video dans les chambres d’hôpital. On a vu ainsi en direct aux télévisions anglaise et américaine des mères étouffer leurs bébés, couper le tube à oxygène ou enfoncer leur doigt dans la gorge de l’enfant, puis demander de l’aide pour les réanimer. 8Dans la littérature anglo-saxonne, les conceptions des pathologies de la mère ne sont pas très convaincantes est-ce un trouble du comportement ou un acte criminel ? Comment les distinguer ? Ceux qui font un casse dans une banque ne sont pas atteints du syndrome des casseurs de banque ! Au milieu des années 90, la description de la mère est la suivante Autoritaire dans sa supercherie, elle gagne le respect des soignants. Elle les appelle par leur prénom et leur apporte des gâteaux. Elle connaît par cœur le cas médical de son enfant. Elle est mariée et son mari lui laisse prendre les décisions médicales, car elle a travaillé dans ce milieu. Quand on l’interroge sur la maladie de l’enfant, elle s’effondre en pleurs, blessée par la maladie chronique dont l’enfant est atteint. Elle ne quitte pas le pied du lit. » Un expert l’appelle une mère hélicoptère ». 9Au fil des années et par extension, le MSBP apparaît de plus en plus comme le danger que représentent les mères qui s’impliquent trop avec leur enfant. L’idée qu’une mère puisse aimer trop ou protéger trop son enfant n’est pas nouvelle, mais ce ne sont pas les médecins qui s’en sont aperçus les premiers ! 10Plus récemment, encore par extension, des experts ont proposé d’étendre le concept de MSBP aux mères qui passent trop de temps non pas à l’hôpital, mais à l’école, imposant la recherche de troubles cognitifs, de troubles psychologiques ou d’hyperactivité, bref aux emmerdeuses, surtout quand elles exercent le métier de psychologue, comme ces fameux experts n’ont pas manqué de le remarquer ! Schreier, un psychiatre américain, veut que l’on inclue dans le syndrome de Münchausen par procuration les mères qui harcèlent la police, les travailleurs sociaux et le milieu scolaire. 11Mais qui peut prouver que ce sont elles qui provoquent les troubles invoqués ? En voulant étendre le même concept à toutes les mères manipulatrices, on risque de faire encore plus de faux diagnostics ce n’est pas parce que la mère est manipulatrice que l’enfant n’a rien et seul le mode de relation au professionnel est commun àces situations disparates celui-ci, quel qu’il soit, a envie de se débarrasser de cette mère envahissante ! On est loin de la mère parfaite des premières descriptions. La difficulté du diagnostic 12La plupart des auteurs insistent sur la difficulté du diagnostic, appuyé sur des critères précis. En matière de syndrome de Münchausen par procuration, les cas de fausses allégations sont plus fréquents que les cas prouvés ce sont ces belles histoires où les parents désavoués par certains médecins n’en continuent pas moins de consulter, parfois dans le monde entier, pour trouver celui qui fera le diagnostic et sauvera l’enfant. Et quand ça marche, c’est le triomphe des parents et la déconfiture des médecins, sauf du dernier. Quelle que soit l’issue de l’histoire, il s’agit toujours d’un rapport de force entre mère et médecins, dont l’enfant est l’enjeu. 13Le diagnostic est difficile, d’abord parce qu’on n’y pense pas. On se trouve dans la même situation que pour la maltraitance il y a quelques dizaines d’années. Ici, la maltraitance est physique mais médicalement induite, et c’est la relation avec le corps médical qui la distingue des autres formes de maltraitance. Le médecin, on l’a vu, considère cette femme, qui fait ce qu’il faut pour ça, comme une mère parfaite. Professionnellement, il est séduit et pense pouvoir faire une alliance thérapeutique, d’autant qu’il s’agit de symptômes chroniques. La première surprise vient du fait qu’il ne peut pas trouver de cause aux symptômes répétitifs de l’enfant. La seconde vient de ce que l’échec du médecin est loin de rebuter la mère. Bien au contraire, elle en redemande et excite son désir de savoir et de soigner, parfois au-delà du raisonnable. C’est à cause ou grâce à son impuissance, si – et seulement si – il arrive à l’admettre, que le comportement de la mère sera mis en question. Or, la preuve est très difficile à apporter. En France, on ne met pas de caméra. On ne soumet pas la mère au chantage en lui disant que si elle n’avoue pas, on lui retirera son enfant, meilleur moyen d’obtenir de faux aveux. Souvent, il s’agit d’un diagnostic par défaut en l’absence de visites de ses parents, l’enfant se porte bien ! 14La plupart des cas rapportés sont centrés sur cette période difficile du diagnostic, car rien dans le comportement de la mère n’est spécifique, ni dans celui de l’enfant. Ensuite le dossier passe chez le juge. Le cas Freddy 15Cette famille, composée du père, de la mère et de leurs deux fils, âgés de sept ans et demi et cinq ans, m’est adressée au CMP par la psychologue scolaire. 16Le plus jeune, Freddy, ne veut pas aller à l’école, ne mange pas, se fait vomir. Il présente un asthme sévère depuis l’âge de huit mois et fait des séjours fréquents en réanimation en état d’insuffisance respiratoire. Il est né avec une circulaire du cordon, ce que l’on retrouve fréquemment chez les enfants asthmatiques précoces, surtout quand cet épisode très angoissant est passé sous silence, ce qui est le cas. De plus, il est plâtré car il s’est cassé le coude quatre jours après la rentrée scolaire. 17L’aîné, lui aussi, se casse sans arrêt quelque chose, et il a la jambe dans le plâtre. 18Les parents se présentent tous deux comme au bout du rouleau un père en costume cravate, peu soigné, sans âge et une mère indécidable. Le père est visiblement dépressif, effondré sur sa chaise, il prend des médicaments, il est en analyse depuis des années et n’a qu’une envie – me dit-il –, se tirer. 19La mère, très volubile, raconte une vie d’enfer où elle est l’esclave de ses enfants qui sont malades sans aucun répit, ainsi que son mari et elle-même. Je suis d’emblée frappée par la jouissance qu’elle a à me raconter ses propres malheurs, et surtout à ne rien écouter dès lors que des solutions pratiques pourraient la soulager momentanément. 20Je décide de suivre Freddy et d’adresser le frère à une autre thérapeute. 21Pendant cette première période qui va durer une année scolaire, Freddy aura une bronchite, une grippe, une gastroentérite, une pneumopathie, une laryngite et une autre bronchite. Il se mettra à insulter sa mère et à la frapper. Sa mère se laisse faire après l’avoir poussé à bout et le père refuse d’intervenir. Le frère se cassera une seconde fois la jambe et la mère aura trois maladies différentes. Le père ne viendra plus. 22Freddy est un garçon malingre, très vif, très intelligent, souvent fiévreux, le nez coulant, les lèvres gercées. Il a une voix rauque qui détonne, car il est petit et chétif. La mère paraît accepter la règle du secret professionnel mais, en fait, elle questionne son fils après chaque séance. Elle demande des conseils pour moins crier et moins taper, mais n’écoute absolument rien et refuse une prise en charge individuelle. 23Freddy ne veut pas aller à l’école, ce qui est assez facile car il est tout le temps malade. Sa mère trouve l’école violente » et, comme il est en maternelle, il y va peu et quand il y va, il se sent à part, exclu par ses camarades, d’autant qu’il ne peut aller dans la cour de récréation à cause de sa fragilité pulmonaire. La mère a infiltré le cadre scolaire, elle fait partie d’une association de parents d’élèves, ce qui lui permet d’avoir une relation personnelle avec le directeur qui l’apprécie au début, puis ne sait plus comment s’en débarrasser. Le pneumologue a fourni un certificat médical pour dispenser Freddy de récréation, à la demande de la mère. 24Au terme de cette année, Freddy a été de plus en plus malade et est allé de moins en moins souvent à l’école. Il ne veut plus prendre ses médicaments, il est violent à la maison. Sa mère se plaint de plus en plus. Ses séances sont occupationnelles », il vient volontiers, mais il ne se passe pas grand-chose. Je ressens qu’il n’a pas le droit de me parler. Sa mère continue de se plaindre, mais l’amène à chaque fois qu’il n’est pas malade. La seule chose que je retiens de ses séances, c’est je veux retourner dans le ventre de ma mère », là où on ne parle pas. C’est pourquoi j’accepte d’interrompre les séances quand il me dit qu’il ne veut plus revenir, bien que je sente parfaitement qu’il est le porte-parole de sa mère. 25Un an plus tard, au moment de la rentrée scolaire, toute la famille revient et la situation a empiré le frère aîné menace de se suicider, ce dont le père viendra me parler seul. D’une certaine manière, on peut considérer que c’est un progrès car, auparavant, ce garçon mettait sa vie en danger sous forme d’accidents répétitifs graves dont on ne cherchait jamais la cause psychologique. Il souhaite reprendre sa psychothérapie, ce qu’il va faire. 26La mère, qui pensait reprendre son emploi, est en train de se faire licencier, elle craque sur un mode très hystérique elle crie, elle pleure, elle n’en peut plus. Elle accepte enfin de voir un psychanalyste pour elle-même au sein du CMP où nous avons une consultation pour les parents. 27Freddy a été malade pendant toutes les vacances. Il demande aussi à revenir me voir. Ses séances ont alors une tonalité toute différente. Je sens un enfant paniqué, mais en confiance avec moi. 28Il raconte qu’il est terrorisé car il entend des voix et voit des choses terrifiantes. La voix lui dit Viens par ici », et un bras sort de son bureau pour l’attraper. Il se précipite alors dans le lit de ses parents où il dort. Quand il est seul, il a peur de mourir, ce qui l’empêche de dormir, et il est persuadé que ses parents vont l’abandonner. Il est épuisé physiquement par l’absence de sommeil, tout comme ses parents. Les séances, très riches, ne changent rien du tout dans le quotidien. Avec l’accord des parents – mais pas vraiment celui de Freddy –, j’appelle le pneumologue pour savoir ce que je peux prescrire pour l’aider à dormir au moins quelques jours. N’importe quoi, me dit-il, cet enfant n’a rien. Avec un certain bon sens, il me dit que c’est la mère qui est malade, pas l’enfant ! 29Cette conversation m’impressionne et, en discutant avec la collègue qui suit la mère, nous en venons ensemble à penser que la mère provoque les crises d’asthme pour emmener son fils se faire réanimer et se plaindre d’être la mère d’un enfant malade chroniquement. Nous n’en cherchons pas particulièrement la preuve, car cela ne nous paraît pas de notre ressort. 30Je prescris du Melleril et demande aux parents de m’appeler le lendemain. Freddy n’a pas dormi de la nuit, mais il a dormi toute la journée à l’école. Les parents ne veulent plus lui donner de médicament et lui installent un matelas dans leur chambre. Compte tenu de ce qu’il m’a dit précédemment, je comprends que dormir est extrêmement dangereux pour lui et qu’être plus fort que le médicament le satisfait parfaitement. Les parents, de leur côté, sont enchantés de me mettre en échec. C’est eux qui savent, pas moi. 31Quelques mois plus tard, Freddy me raconte la scène qui, dit-il, le rend fou Sa mère décide de leur acheter un cadeau, à son frère et à lui. Quand j’ai choisi, elle dit que c’est pour mon frère. » Fureur. Pour que je me calme, elle me punit et c’est ça qui m’énerve. » C’est la première fois qu’il critique directement sa mère. Quand je le raccompagne dans la salle d’attente, sa mère n’y est pas. Renseignement pris, elle est dans un bureau avec la thérapeute de son autre fils. Je le laisse et retourne dans mon bureau. Il revient en sueur il ne peut pas rester, il a peur, il ne connaît personne, on va le kidnapper, sa mère ne reviendra pas. Je le raccompagne dans la salle d’attente en lui parlant il y a trois mères de famille avec des enfants très jeunes à qui je demande de veiller sur lui. Il est pris à nouveau de panique et va dans le bureau de la secrétaire, d’où il surveille l’escalier par lequel sa mère va descendre. 32Le contenu de la séance a probablement majoré sa panique, comme si le fait de critiquer sa mère expliquait qu’elle ne soit pas dans la salle d’attente, qu’elle l’ait abandonné. Il ne peut pas imaginer que sa mère ne sache pas ce qu’il m’a dit. Il projette sur elle ses fantasmes destructeurs, et réciproquement d’ailleurs c’est bien elle qui lui présente le monde extérieur empli de dangers qui vont l’assaillir si elle n’est pas là pour le protéger. Moyennant quoi, il ne peut plus la quitter d’une semelle, ce dont elle se plaint et ce qui la rend violente à son endroit. 33C’est un garçon qui, à six ans, n’a jamais passé une nuit en dehors de la maison sans sa mère, en principe à cause des crises d’asthme. Il envisage de le faire vers seize-dix-huit ans, pas avant, me dit-il. 34Le frère aîné qui, lui, fait un vrai travail d’analyse, va mieux. Il prend quelque distance à l’égard de sa mère en restant très prudent. Sa thérapeute confirme que la mère attise la rivalité entre les deux frères pour intervenir très brutalement, puis se plaindre. Nous avons laissé à tort le père de côté, au prétexte qu’il suit une analyse. La mère elle aussi le laisse de côté, sauf quand elle en a besoin. Nous allons la voir à l’œuvre très rapidement. 35Freddy a beaucoup de mal à apprendre à lire, ce qui augmente son refus de l’école. La mère demande un examen orthophonique qui montre qu’il a des troubles d’origine neurologique et qu’une rééducation spécialisée est indiquée. Il commence, fait des progrès notables et, au bout de quatre mois, ne veut plus y aller. L’orthophoniste décide d’arrêter momentanément car elle ne peut plus travailler, quitte à reprendre un peu plus tard. 36Sans prévenir personne, les parents vont consulter une neuro-pédiatre qu’ils avaient déjà vu quand Freddy avait quatre ans. La neuro-pédiatre qui me connaît bien remet totalement en cause la prise en charge sans me prévenir et prescrit une autre orthophonie intensive ». Je l’apprends en recevant le compte-rendu de consultation. Assez furieuse, je convoque les parents et leur demande de me signer une décharge disant qu’ils ont arrêté définitivement l’orthophonie contre l’avis de l’orthophoniste et contre avis médical. Ils sont stupéfaits, acceptent de signer, et je pense qu’ils ne reviendront plus. Pas du tout ! La mère demande que je reçoive Freddy plus souvent. Stupéfaite à mon tour, j’accepte. Depuis qu’il a changé d’orthophoniste, il demande à revenir voir la première ! Mais là, ce sera non. 37J’apprends alors par la psychologue scolaire qu’il se rend deux fois par semaine chez une orthophoniste que je connais bien, avec qui j’ai de fort mauvaises relations car, sous couvert d’orthophonie, elle fait ce qu’elle appelle de la psychothérapie. J’apprends aussi qu’elle a demandé aux parents et à Freddy de ne pas me dire que c’était elle qui s’occupait de lui. Cela m’énerve beaucoup, mais je ne veux pas que la rupture vienne de moi. En allant chercher Freddy dans la salle d’attente et devant lui, je demande tout naturellement à la mère comment cela se passe avec Madame B. La mère ne marque pas la moindre surprise et me dit que tout se passe très bien. Au moins, Freddy sait que je sais. 38Trois mois plus tard, Freddy demande à sa mère de me dire qu’il ne veut plus venir, ce qu’elle fait en ajoutant qu’elle n’est pas d’accord. Je ne commente pas, lui demande d’aller dans la salle d’attente ; il commence sa séance sans commentaire lui non plus. Cela indique implicitement que je ne peux prendre en compte ce que sa mère me dit à sa place. Il commence timidement à réaliser la manipulation dont il est l’objet, ainsi que son frère Pourquoi maman veut pas qu’on joue ? Les filles sont bêtes, elles savent rien. Pourquoi c’est pas moi qui peux commander ? » 39Le frère, en accord avec sa thérapeute, décide d’arrêter, contre l’avis de sa mère qui voudrait qu’il continue. 40Pendant les vacances de Pâques, alors qu’ils ne partent jamais, ils sont allés à Monaco, destination assez surprenante ! Freddy a eu des crises d’asthme et a été tous les jours à l’hôpital car la mère n’a pas voulu qu’il soit hospitalisé. Freddy a voulu rester dans la salle d’attente pendant cet entretien. Lui ne me parlera pas de ses vacances. Il me dira Je ne suis pas malade » et se taira. Je ne lui parle pas de ce que sa mère m’a dit. Il déchiquette la pâte à modeler en silence, puis me questionne sur mon métier, les études qu’il faut faire, leur durée. Il se met à façonner une bête préhistorique avec une très longue queue qui recouvre un crocodile en plastique. Il me dit Je l’ai inventé, c’est pas un monstre ! » C’est la première fois qu’une bête n’est pas un monstre ; les monstres, il ne les invente pas, ils s’imposent à lui. Il fait passer la queue entre les deux branches des ciseaux, sans la couper, et me dit Si maman voit ça, je sais pas la tête qu’elle fera !» Cette fois, il sait que sa mère ne voit pas ce qui se passe dans mon bureau. 41La rétorsion ne se fait pas attendre. Une semaine plus tard, il est dans le plâtre entorse en jouant au foot avec son frère On trichait, on s’est rentré dedans. » 42 J’ai rêvé que j’étais dans le lit de mes parents oui, mais dans son lit !. Mon cerveau m’oblige à emmerder mes parents. » 43Une semaine plus tard, les monstres reviennent. Je précise que ce ne sont pas des rêves, mais des hallucinations. Il a demandé à sa mère la date de son rendez-vous et à moi, il me demande s’il peut venir plus souvent. Il ne veut pas qu’on lui enlève son plâtre parce qu’il lui fait mal ». 44La mère décommande le rendez-vous suivant parce qu’il va enlever son plâtre juste à l’heure de sa séance. Le frère aîné se casse une fois de plus la jambe, prétexte que saisit la mère pour ne plus venir elle ne peut le laisser seul à la maison. Fin provisoire ou pas ? 45Je précise, pour information, que cette mère est ce que Boris Cyrulnik appellerait une résiliente » une forme de richesse intérieure, de capacité à surmonter les épreuves de l’enfance, comparable – pourquoi pas ? – à celle de l’huître qui réagit à une impureté en fabriquant une perle. violée par son père, placée très jeune dans plusieurs institutions, elle a réussi à avoir un métier, se marier, avoir deux beaux garçons qu’elle a désirés, malheureusement souvent malades, auxquels elle est totalement dévouée. Le seul problème est qu’elle s’en sort en détruisant tout autour d’elle, particulièrement ses fils son emprise sur eux saccage leur identité, sa violence les rend violents, son impossibilité de mettre la moindre distance entre elle et eux pervertit leur moindre désir. Ne pouvant l’éloigner, ils reprennent à leur compte son désir à elle, comme si c’était eux qui ne pouvaient s’éloigner. Quand ils n’en peuvent plus, ils se mettent en danger, frôlant la mort, et c’est toujours elle qui les sauve après les avoir poussés à ne plus vouloir vivre. C’est ce qu’Alice Miller a parfaitement décrit sous le terme d’ abus narcissique ». 46Je ne vous raconte pas cette histoire pour analyser le développement psycho-pathologique de cet enfant, aussi intéressant soit-il, mais pour analyser la relation de cette femme avec moi dans l’institution. Le syndrome de Münchausen par procuration psychique 47La première description du syndrome de Münchausen est contemporaine de la création de la Sécurité sociale britannique. Celle du syndrome de Münchausen par procuration est contemporaine d’une modification des rapports entre médecin et malade, et surtout de l’émergence de la maltraitance diagnostiquée en premier lieu par les pédiatres fractures sous-périostées, syndrome de l’enfant secoué. 48Que peut-on dire du syndrome de Münchausen par procuration psychique ? Et d’abord qu’est-ce qui me permet d’évoquer ce diagnostic ? 49Je ne rapporte qu’un seul cas ; la description est toujours longue, mais j’en connais trois à ce jour. Ce sont toujours des enfants qui ont une histoire médicale lourde. Le diagnostic est posé par exemple, asthme ou épilepsie, mais le traitement est compliqué, les rechutes fréquentes. Ce sont des enfants constamment malades, fréquentant les spécialistes hospitaliers, parfois victimes d’accidents à répétition. Les mères ne ressemblent pas toutes à la mère de Freddy, du moins au début. Celles que j’ai rencontrées se présentaient comme débordées par les excès de leurs enfants, dans des situations familiales complexes ou douloureuses père sur le point de mourir ou absent. La consultation au CMP n’a pas pour motif la maladie chronique mais un autre problème, généralement autour de l’école refus d’aller à l’école, refus d’apprendre. À la première consultation, l’enfant va manifestement mal et il n’y a pas grande hésitation à le revoir, ne serait-ce que pour mieux évaluer la situation, d’autant que les parents sont demandeurs et que l’enfant n’y est pas hostile. Et là, au fil des consultations, nous découvrons que l’enfant va de plus en plus mal, il vient régulièrement ou non, mais il ne s’engage pas dans une cure. Curieusement, plus il va mal, plus la mère en redemande augmentation de la fréquence des rendez-vous, demande d’examens complémentaires, parfois hospitalisation en psychiatrie devant la menace suicidaire. Alors que nous avons l’illusion de faire correctement notre travail, nous ne faisons que ce que la mère nous dicte de faire. Même celles qui se présentent comme ayant une certaine distance avec leur enfant sont en réalité totalement collées et exercent une maîtrise totale sur tout ce qui se passe. L’enfant, quel que soit son âge, est totalement parasité et ne peut penser. Il rue dans les brancards de façon tout à fait désordonnée, violente, avant de se déprimer gravement ou d’avoir un accident. 50La question est évidemment de savoir si, en continuant de voir l’enfant, le psy ne participe pas de cette maltraitance, tout comme le médecin le fait en multipliant les examens médicaux, voire les interventions chirurgicales. S’il n’est pas facile de répondre à cette question, il est indispensable de se la poser. Dans un cas, après plusieurs années de bons et loyaux services avec une adolescente de seize ans qui avait perdu son père, j’ai refusé de la revoir à la demande de sa mère alors que la situation était catastrophique, en expliquant à la mère pourquoi. Elle a admis sans résistance qu’elle provoquait les tentatives de suicide de sa fille pour m’appeler après, et je ne l’ai plus jamais revue. 51Dans le cas de Freddy, j’ai tout fait pour que la rupture ne vienne pas de moi en sachant très bien qu’elle allait arriver. Pendant la première année, Freddy ne s’est pas engagé dans une cure et j’ai plutôt occupé une position de consultantpsychiatre, même pas de psychothérapeute, position assez confortable pour essayer de comprendre quelque chose. 52Pendant la seconde période, Freddy s’est véritablement engagé dans la description de ses hallucinations et dans une relation transférentielle un peu dangereuse pour lui. Je n’ai fait pratiquement aucune interprétation, cherchant à le suivre et non à le précéder, ne mettant jamais sa mère en cause afin qu’il puisse lui-même y arriver quand il pourrait le supporter. Les rétorsions immédiates qui ont suivi sa mère absente de la salle d’attente, l’entorse du pied ne l’ont pas découragé, mais sa mère qui sait tout a senti le danger. Tant qu’il allait de plus en plus mal, elle m’a harcelée de ses plaintes et de ses demandes, dès qu’il a pu formuler autrement que dans la violence qu’il s’interrogeait sur la légitimité de son emprise, elle n’a plus voulu que je le reçoive. 53Que cette mère, pour des raisons liées à son histoire incestueuse, ait des relations perverses avec ses fils ne me paraît pas discutable il s’agit d’une relation pseudo-incesteuse éliminant radicalement le père, à qui cela convient tout à fait. L’enfant est annexé, éviscéré, attaqué dans son désir et sa capacité de penser par la violence des gestes et des mots. Il est tenu pour responsable des attaques subies qu’il doit réparer. La disqualification par la parole est l’outil qui va permettre à la mère de dominer l’autre, de se l’attacher, de l’assujettir et éventuellement de le détruire. C’est l’anti-maternage par excellence. 54Il me semble que dans les analyses d’adultes, nous rencontrons ces hommes et ces femmes anéantis que nous n’avons pas reçus quand ils étaient enfants. Dans la littérature analytique, ce sont les cas que rapportent Denis Vasse qui se rapprochent le plus du cas de Freddy. Effets du syndrome de Münchausen par procuration psychique 55Au vu de ces éléments, je pense qu’on peut évoquer le diagnostic de syndrome de Münchausen par procuration psychique qui, de mon point de vue, doit associer l’existence de symptômes psychiques bruyants, difficiles à associer entre eux, du moins au début, et les plus divers, chez un enfant souvent malade physiquement chronique ou accidents ; une aggravation de l’état de l’enfant qui vient rencontrer le psy ; une mère avide de conseils qu’elle n’écoute pas et surtout qui en redemande d’autant plus que l’enfant va plus mal, sous réserve de maîtriser les prises en charge. 56Si nous admettons ce diagnostic, il faut aller plus loin et se demander pourquoi ces mères, au-delà de leur histoire individuelle, ne se contentent pas du huis clos avec l’enfant déjà largement entamé par les médecins-complices, pourquoi elles s’adressent à nous et quelle est la nature de cette relation. Je peux l’exprimer différemment en posant la question de savoir ce qu’elles remettent en question chez le psychanalyste et dans notre société, puisque précédemment, j’ai fait le lien, même s’il est incomplet, entre la description du syndrome et les conditions sociales de son apparition. 57Avant de proposer les hypothèses auxquelles j’ai pensé, je dois essayer de préciser comment je vois la relation de cette mère avec moi. Je dirais évidemment qu’elle est perverse, mais il faut que je précise en quoi. 58Nous fréquentons tous des parents pervers et habituellement, ils mettent en échec la relation thérapeutique avec l’enfant, ce à quoi nous devons nous soumettre avec les jeunes enfants, car nous ferions davantage de dégâts en nous opposant, par exemple, à un père pervers. Dans ces cas, qui sont les plus fréquents, nous nous heurtons davantage de front à la perversion du père, même si la mère est totalement complice. Je ne dis pas pour autant que tous les parents qui mettent en échec la relation thérapeutique avec l’enfant sont pervers mais plutôt que lorsqu’ils le sont, c’est à nous d’interrompre la cure. 59Il ne suffit pas de questionner la position de l’analyste pour engager une relation perverse, ce serait trop simple. 60Le psychanalyste Serge André dans L’imposture perverse [1] écrit Pour qu’il y ait du psychanalyste, il faut qu’il y ait du sujet qui souffre. Mais ce n’est pas encore assez dire [… ]. Le psychanalyste, lui, ne plaint pas ; il ne plaint pas celui qui se plaint. Il est insensible comme dit Ferenczi [… ] Il n’est pas là pour souffrir avec, pour compatir. Son apathie fait opposition au pathos. Cette position comporte plus que du stoïcisme. Je dirai qu’elle est, au sens le plus fort du mot, celle du mépris – si l’on veut entendre par là mépris non pas à l’égard du sujet, mais à l’égard du pathos. » Et plus loin C’est une analogie de structure entre la position de l’analyste et celle du maître sadien, telle que Lacan l’a montrée. La différence est que le bourreau sadien assume cette position au nom d’une volonté de jouissance absolue alors que le psychanalyste, lui, est censé ne pas en jouir. » 61Si l’on veut repérer ce qu’il en est pour chacun de nous du désir d’être analyste et surtout de le rester, ce genre de patientes – même si dans ce cas particulier il ne s’agit pas de cure analytique – qui étalent leur jouissance à souffrir nous oblige à nous confronter au fantasme sadien imposé par l’analogie de structure entre les deux positions. 62Il me paraît rétrospectivement évident qu’en prenant en charge l’objet de sa plainte, l’enfant, cette mère me déloge en toute bonne conscience de la position de mépris à l’égard du pathos ». Moins elle est présente dans mon bureau, plus elle l’est. Si elle transfère sur moi sa conviction de savoir ce que veut l’Autre position perverse par rapport au fantasme, elle me l’impose en manipulant le cadre comme elle manipule son entourage. Or le désir de l’analyste – qui n’est pas pur et qui reste toujours à élaborer – s’accroche au minimum au maintien du cadre pour rendre l’analyse possible. 63Pour Serge André, la perversion est bien autre chose qu’une entité clinique c’est une certaine façon de penser dont l’essence découle des rapports du pervers au fantasme et à la Loi. Cela n’est pas nouveau et de nombreux psychanalystes d’adultes se sont attachés avec beaucoup de talent à décrypter ce que le pervers fait à l’analyste. 64J’en suis donc venue à chercher, devant cette famille des plus traditionnelles – père, mère, mariés, deux enfants –, ce qui leur avait été imposé par l’époque actuelle et que la mère remettait radicalement en question, en nouant la perversion de ses relations avec ses fils à la demande de soins au psychanalyste. 65Je ne sais pas si j’en serais arrivée au point suivant si je n’avais lu récemment l’article de Marcel Gauchet, intitulé L’enfant du désir [2]. J’attendais depuis longtemps cet article, mais je ne savais pas d’où il viendrait. Marcel Gauchet analyse les conséquences du fait que, dans nos pays, les enfants d’aujourd’hui sont des enfants du désir. Voici la conclusion Nous n’en aurons jamais fini de nous débattre avec les suites indésirables de nos entreprises les plus légitimes. » Inutile de préciser que je me suis assurée que Freddy et son frère ont été des enfants désirés et programmés. Bien entendu, ce terme nous fait tiquer car, pour nous, le désir est par essence inconscient, alors que l’auteur parle de désir conscient. Mais écoutons-le, car dans le langage commun, nous savons bien de quoi il parle. 66Aujourd’hui, on n’a pas un enfant, on fait un enfant. Il est le résultat d’un désir spécifique, différencié du désir sexuel. Il est le produit privé du vœu de ses géniteurs. 67Gauchet pointe cette évidence qui crève les yeux mais qui n’en fait pas moins l’objet d’un oubli conjuratoire qui doit alerter; l’enfant désiré est par définition l’enfant refusé; la société qui met en avant le modèle de l’enfant du désir est objectivement la société du refus de l’enfant. On assiste à la non-reproduc-tion spontanée d’une population alors que les conditions de ressources et de sécurité sont on ne peut plus favorables ». 68Je continue à reprendre les propos de Gauchet Jamais en même temps, l’enfant n’a eu autant le visage de la victime virtuelle, jamais il n’a semblé aussi vulnérable, jamais il n’a paru autant requérir d’être préservé d’une menace omniprésente tantôt on mésestime ses qualités, tantôt on lui en demande trop, mais surtout cette menace, ce sont les parents qui l’incarnent le mieux. [… ] Mais l’existence de l’enfant du désir est également suspendue à l’intention même de ses auteurs. Aussi est-elle suspendue à l’intention qui a mû ses auteurs. Elle ne tient qu’à un fil, aussi est-elle habitée par un sens suraigu de sa contingence et de sa précarité. » 69Or, il est indéniable que la psychanalyse s’est littéralement emparée de l’enfance. La contraception, puis les méthodes de PMA obligeant à vouloir plus qu’à désirer un enfant, et enfin la psychanalyse avec la notion de désir inconscient ont révolutionné l’institution des nouveaux venus dans le sens de l’individualisation L’enfant choisit de s’incarner, il choisit ses parents autant que ses parents l’ont choisi, il se fait naître. Bref, il est environné de nécessités fantasmatiques dont on n’avait pas idée. Le discours sur ses compétences renforce l’idée que l’enfant est un individu à part entière qui n’a pas à conquérir son individualité puisqu’elle lui est donnée d’emblée. Il s’y noue une aliénation terrifiante au lieu d’un détachement libératoire. » 70De l’enfant du désir à l’enfant tel que je le désire, le chemin est direct. Qui dira la déception devant l’enfant du désir ? Elle est d’autant plus ravageante qu’elle est inavouable socialement et psychiquement. Elle engendre culpabilité ou parfois dénégation passionnée devant les dons supposés de l’enfant. 71Freddy est un enfant du désir ou déclaré tel. Sa mère provoque inlassablement sa mise en danger pour réaffirmer qu’elle le désire, ne pouvant à aucun prix exprimer différemment son ambivalence, et Freddy reprend à son compte cette demande, tant il est en insécurité. 72Ces insécurités objectives de part et d’autre engendrent fatalement de la haine. La mère vient interroger les médecins dont le métier est de faire vivre les enfants et les psychanalystes qui ont institué l’enfant du désir comme le nec plus ultra de la conception. 73La situation la plus proche de celle que je viens de décrire est celle, exceptionnelle mais connue des centres de PMA, où une femme enceinte par FIV se fait avorter et redemande une FIV. 74Dans ces conditions, la perversion viendrait mettre en question les exigences du discours de la science et de la psychanalyse. En ce sens, elle nous interroge tous, bien au-delà de la pathologie individuelle de telle ou telle personne qui est pourtant notre pain quotidien. Notes [1] Serge André, L’imposture perverse, Paris, Le Seuil, 1993. [2] Marcel Gauchet, L’enfant du désir », Le Débat, n° 132, nov-déc. 2004, p. 98-121.
Accueil » Psychologie du Sportif » Le Syndrome de la réussite par procuration » Tu seras un champion, mon fils ! » Dernière révision Bientôt le début d’une nouvelle saison de sport et le temps des inscriptions. Des espoirs aussi. Mon enfant sera un champion, c’est décidé ! De nombreuses stars sportives sont en réalité, de petites filles et de petits garçons prêts à tout pour gagner un peu d’amour parental. Dans le tennis féminin, la situation est particulièrement évidente les sœurs Williams, Hingins, Capriati… Toutes ces stars ont été le jouet de l’ambition parentale. L’histoire de Tiger Woods illustre le poids et l’impact du milieu familial dans la réussite d’une carrière. Dans la vie des champions, les parents jouent presque toujours un rôle essentiel. Cela provoque parfois des histoires tragiques ! Pour certains enfants et adolescents, la pratique sportive répond à la demande et à la volonté des parents. Selon certains auteurs, le Syndrome de Réussite par Procuration » serait une variante du syndrome de Münchausen par procuration mis en évidence par Meadow en 1977. Dans le syndrome de Réussite par Procuration », les parents sur-investissent et sur-stimulent les talents et la réussite de leurs enfants dans le domaine sportif il est aussi présent dans la musique, la réussite scolaire… au point de conditionner l’amour parental aux succès et victoires de leur enfant. Cela conduit les parents à une attitude excessive dans le suivi de la pratique sportive et à faire passer au second plan l’épanouissement de l’enfant. L’entraînement intensif et la réussite sportive deviennent l’unique objectif de la cellule familiale et tout est asservi à ce but ultime ! C’est l’obligation de ne jamais décevoir Le développement de tout enfant s’inscrit dans la satisfaction du désir de ses parents qu’il admire et dont il veut être aimé. Cette dépendance affective, cette quête d’amour et de reconnaissance permet de tout accepter la douleur, la souffrance des blessures, la fatigue, les entraînements à répétition… C’est l’obligation de ne jamais décevoir. Ce destin par procuration peut mener à la réussite mais il est plus souvent inducteur d’échecs et d’abandons. D’abandon, parce que certains arrêteront le sport en prenant conscience que ce choix n’est pas le leur mais celui d’un des parents, assujetti à des désirs et une histoire qui n’est pas la leur ; d’échecs parce que le sport de haut niveau n’est que la consécration d’un nombre extrêmement restreint d’heureux élus ». Cet arrêt de la pratique est culpabilisant parce qu’il peut marquer la perte de l’amour parental mais aussi le sentiment d’incompétence et d’indignité. A cet âge on regarde son père un peu comme un dieu » Dans un article intitulé La Gloire de mon père » et paru dans la revue Sport et Vie, Hors Serie N° 17, Frank Nicotra, ancien boxeur sacré Numéro 1 mondial en 1992, illustre parfaitement ce syndrome. Mis sur le ring dès l’âge de 9 ans, il semble avoir certaines aptitudes pour ce sport. Devant le regard de son père qui s’illumine dès qu’il monte sur le ring, Franck Nicotra se fait la promesse de ne jamais décevoir son père, même s’il s’est déjà rendu compte qu’il n’aimerait jamais la boxe. Il deviendra champion pour ne pas décevoir et être aimé de son père! A cet âge on regarde son père un peu comme un dieu ». A 17 ans, les succès s’enchainent et le clan Nicotra ne vie que pour et par Franck. Chacun à un rôle et sa fonction autour de Franck. Mais c’est son père qui est omniprésent pendant toutes ces années. Franck Nicotra concède que la compagnie envahissante de ce père fut parfois très difficile à vivre C’était évidement quelque chose d’oppressant ». Mais la distance n’est pas possible. Ca aurait été un peu comme une trahison. Parce que, sans lui, au fond, tout ça n’avait pas de sens. Tout seul, je n’avais pas envie de devenir champion du monde ». Difficile de poursuivre une carrière qui demande tant de sacrifices et d’abnégation lorsque vous n’êtes pas animé par la flamme de la passion. Et il quitte brusquement la boxe en 1993, un an après son sacre, et part loin du carcan familial. Tous certains d’avoir un futur Zinedine Zidane comme enfant ! Si ce syndrome semble évident dans la carrière de certains sportifs de haut niveau, il peut être présent à tout âge et quel que soit le niveau de l’enfant. Pour s’en convaincre, il suffit par exemple de regarder un match de football de benjamins le samedi après midi et l’attitude des parents, le plus souvent des pères. L’engouement dépasse souvent le stade de la passion et si ces pères sont tous virtuellement des entraîneurs, ils promulguent moult conseils et directives à leur enfant, certains d’avoir un futur Zinedine Zidane comme enfant ! Alors attention, parce que les répercutions sur l’enfant peuvent être véritablement dramatiques. Revenons à l’essentiel le sport est avant tout un jeu et ce qui doit animer tout sportif, la passion…du sport ! Des signes d’alertes… Des signes d’alertes permettent de repérer les risques d’occurrence de ce syndrome. Ils ont été décrits par Tofler et coll en 1999. o Le pseudo altruisme des parents qui peut se résumer au On fait tout pour lui ». La notion de sacrifice énoncée des parents donne l’image de bon parent » et d’une abnégation totale pour l’enfant. o L’instrumentalisation de l’enfant où l’enfant n’est qu’un objet, celui de la satisfaction des besoins des parents. Ils vivent aux travers des succès de l’enfant. L’enfant est l’objet naturel le plus approprié pour les gratifications narcissiques des parents. o La maltraitance est au cœur de cette problématique avec des charges de travail très importantes et excessives et le déni parfois de la fatigue, des maladies, voire même des blessures. L’induction à la perte de poids se retrouve dans certaines situations. Souvent, l’un des deux parents à un profil psychologique pathologique. Les informations données sur ce site ne peuvent en aucun cas servir de prescription médicale. Vous êtes psychologue du sport et vous souhaitez publier un article sur notre site contactez-nous © IRBMS - Droits de reproduction ► Recevoir notre Newsletter Partagez cet article Les informations données sur ce site ne peuvent en aucun cas servir de prescription médicale. Ici & ailleurs
Pour lire l’article précédent... La pratique du mariage par procuration va se répandre en province rapidement après la promulgation de la loi. Sans doute l’information a-t-elle bien circulé. Au Havre le premier mariage par procuration, à notre connaissance, est célébré le 2 Juin 1915, entre Paul Léon Legay et Jeanne Marie Zoé Le Gac. Paul Legay est tréfileur, il a 25 ans. Depuis le 3 août 1914, il est mobilisé et il sert au 39e régiment d’infanterie. Comme il ne peut abandonner le champ de bataille pour se marier et comme la loi du 4 avril 1915 le lui permet, il a donné procuration à son oncle, Emile François Bouillon, charretier de son état et âgé de 54 ans, pour le représenter à la cérémonie. Celui-ci remplit toutes les conditions pour le faire l’âge et l’absence de lien de famille très proche avec la mariée, et surtout il est disponible puisqu’il n’est plus mobilisable. Jeanne Le Gac est domestique, elle a 24 ans et a un petit garçon Paul, né le 29 Novembre 1914. Paul et Jeanne ont donné la même adresse 139 Rue de Graville. C’est donc Emile Bouillon et Jeanne Le Gac qui se présentent à la mairie du Havre, ce deux juin 1915. La cérémonie va suivre son déroulement habituel, mais la rédaction de l’acte en sera modifiée en raison de l’absence du mari. Le vocabulaire employé est parfois un peu compliqué, avec ces fondés de procuration spéciale, ces mandants et ces mandataires mais il faut prendre quelques précautions pour que la valeur juridique du mariage ne soit pas contestée. Lors d’un mariage selon les règles communes, apparaît d’abord le nom du mari, avec son état-civil, son domicile, le nom de ses ascendants. Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, c’est le nom du représentant du mari, celui qu’on appelle le fondé de procuration spéciale qui apparaît en premier Ont comparu en la maison commune, Emile François Bouillon cinquante-quatre ans, charretier, demeurant au Havre, agissant comme fondé de procuration spéciale de Paul Léon Legay, son neveu, tréfileur, né à Graville-Sainte-Honorine Seine-Inférieure le quinze Septembre mil huit cent quatre vingt dix, domicilié au Havre, 139 boulevard de Graville, fils majeur de Gustave Gaston Legay, décédé et de Emélie Anaïs Bouillon, sa veuve, journalière, demeurant au Havre présente et consentante,lequel actuellement soldat de deuxième classe au trente neuvième Régiment d’Infanterie a obtenu les autorisations prévues par la Loi du quatre avril mil neuf cent quinze. Archives départementales de la Seine-Maritime 4E20000 1915-1915/06/28 Le Havre Arrêtons-nous un instant et voyons comment Paul a pu obtenir ces indispensables autorisations. Ce n’était pas chose facile. Le mandataire trouvé, Paul a adressé sa demande d’autorisation, accompagnée de sa procuration, par la voie hiérarchique au ministère des Armées, avec l’avis de ses chefs. Après accord du ministre des Armées sa demande a été transmise au ministre de la Justice. Ce dernier s’est alors assuré que la demande était justifiée par l’une des “causes graves” prévues par la circulaire du 8 Avril 1915 [1] des enfants à légitimer grossesse de la future épouse mariage in extremis, danger de mort imminente de l’un des futurs époux promesse de mariage antérieure Comme nous le verrons plus loin, Paul Legay remplit au moins un de ces critères. L’autorisation lui est donc accordée et l’ensemble du dossier est envoyé aux services de l’état-civil du Havre pour suite à donner. Et voici comment Emile et Jeanne se retrouvent, ce deux juin, à onze heures, devant André Begouen-Demeaux, conseiller municipal du Havre, officier de l’état-civil délégué qui s’apprête à marier... Paul et Jeanne. Mais poursuivons la lecture de ce premier acte de mariage par procuration Aucun changement en ce qui concerne la présentation de la mariée. Elle se fait, selon les formes habituelles. Puis vient l’interrogation sur la signature d’un contrat de mariage. Dans ce cas, on se contente de remplacer la mention les époux déclarent par les comparants déclarent. En l’occurrence, Paul et Jeanne n’ont pas fait de contrat de mariage. Arrive enfin le moment solennel où l’homme et la femme doivent déclarer vouloir se prendre mutuellement pour époux. L’absence du futur marié entraîne une rédaction différente le fondé de procuration spéciale a déclaré que son mandant veut prendre pour épouse Jeanne Marie Zoé Le Gac. Sans changement pour la déclaration de la femme. On pourrait penser que la cérémonie va s’arrêter ici mais voici qu’apparaît " la cause grave ", un petit garçon prénommé également Paul A cet instant le mandataire de l’époux au nom de son mandant et l’épouse ont déclaré reconnaître en vue de la légitimation, Paul Jean Legay,né au Havre, le vingt neuf novembre 1914. Cet enfant, né le 29 Novembre 1914, déclaré par la sage-femme qui avait procédé à l’accouchement et portant initialement le nom de Paul Jean Le Gac avait été au préalable reconnu par sa mère, le 8 Décembre 1914 puis par son père, à Hermonville dans la Marne, le 19 Mars 1915. Tout est maintenant en ordre. La cérémonie s’achève par la lecture et la signature de l’acte, le fondé de procuration spéciale signant en lieu et place de l’époux. Le mandataire et la mariée peuvent se retirer. L’officier d’état-civil doit encore faire part de ce mariage aux autorités militaires qui, à leur tour, préviendront le nouveau marié. On peut supposer qu’il en aura été informé plus rapidement par son épouse. En tout cas, Paul et Jeanne sont bel et bien mariés, ce qui ne signifie pas qu’ils sont près d’être réunis. Paul devenu caporal est fait prisonnier en Juin 1916 et rapatrié seulement en Janvier 1919. Ce mariage aura au moins assuré une protection à l’enfant de Jeanne et Paul en cas de malheur. Et c’est sans doute ce que voulait principalement le législateur. Dans le prochain article, nous poursuivrons l’examen des registres de mariage du Havre pendant la Grande Guerre à la recherche d’autres mariages en urgence pour cause de guerre. Pour lire la suite...
Le livre de Flavie Flament, La Consolation, a été adapté pour la télévision. Getty Images Elle traite sa fille de "boudin", l'envoie passer seule le week-end chez un homme plus âgé, la pousse à s'exposer en photo dans le téléfilm La Consolation, tiré du livre éponyme, la mère de Flavie Flamant, apparaît maltraitante, abusive, jusqu'à fermer les yeux sur les agissements du photographe David Hamilton, célèbre pour ses photos à forte charge érotique. Flavie Flament raconte son viol lorsqu'elle avait 13 ans. LIRE AUSSI >> Mort de David Hamilton Flavie Flament n'éprouve "aucune culpabilité" "Vivre la vie dont la mère a elle-même rêvé"Objectiver leurs enfants, les pousser à se mettre à nu devant la caméra une manière pour ses mères de faire de leurs filles des stars. Obsédée par l'idée de célébrité, Gigi, la mère de Flavie Flament, semble prête à tout pour que sa "Poupette" perce. Elle voit la rencontre avec le photographe comme une opportunité. La mettre en scène, c'est la propulser dans la lumière, peu importe le prix à payer. Offre limitée. 2 mois pour 1€ sans engagement "C'est un phénomène d'emprise, résume Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire Traumatique et Victimologie. Elle vit par procuration et instrumentalise sa fille pour qu'elle vive la vie dont elle a elle-même rêvé." Une manière de réparer une blessure narcissique. "Quand on met une petite fille sur un podium, on se représente soi-même", abonde Aurore Sabouraud-Seguin, également psychiatre et directrice du Centre de psychotrauma de l'Institut de victimologie. "Elle pense que tout ce qu'elle lui fait subir, c'est pour son bien" Mais la soif de célébrité n'explique pas tout. Exhiber un "enfant-trophée" sur une scène ne revient pas à le mettre en danger au point d'envoyer sa fille passer du temps seule avec le roi de la photo érotique. Pour détourner aussi opportunément le regard, quelque chose de plus est à l'oeuvre dans la psyché de cette mère. "Il y a une répétition très forte sur le plan psychologique. Le premier facteur de risque de commettre des violences, c'est de les avoir subies. Souvent, la mère a elle-même été victime, reprend Aurore Sabouraud-Seguin. Inconsciemment, elle se dit 'À moi aussi, on m'a fait du mal. Personne ne m'a écoutée. Cela peut donc arriver à ma fille. C'est ça, l'amour'." Interrogée par Paris Match, Léa Drucker, qui joue Gigi dans le téléfilm de France 3, va dans le même sens "Elle pense que tout ce qu'elle lui fait subir, c'est pour son bien. Je pense qu'elle a des éclairs de lucidité, mais elle les balaye vite parce que si elle commence à trop réfléchir à ça, elle est obligée de ralentir la machine, et la machine ne doit pas s'arrêter parce que son rêve doit être réalisé à tout prix. Elle est dans le déni." "Si la mère dit 'Tu inventes', l'enfant se tait"Pour Muriel Salmona, la mère cherche dans ce jeu malsain une mise en danger. "Elle cherche à vivre une situation de stress extrême, à transgresser. Ne pas prendre en compte qu'elle met en danger sa fille, c'est une double provocation elle fait du mal à la personne qu'elle devrait le plus protéger. On retrouve le même fonctionnement avec le syndrome de Münchhausen par procuration", souligne la spécialiste. Cette pathologie psychologique désigne un besoin d'inventer un événement extraordinaire, la plupart du temps en blesser son enfant, dans le but d'attirer l'attention. LIRE AUSSI >> "Victime de viols, j'ai souffert d'amnésie traumatique mon cerveau me protégeait" Dans ce contexte où le parent donne à la violence l'apparence de l'ordinaire, le silence s'installe. Une chape de plomb qui rend les confidences impossibles. "Un enfant ne peut que se référer à ses parents, affirme Aurore Sabouraud-Seguin. Si la mère dit 'tu inventes' ou 'laisse-nous tranquille'," ce dernier se tait. Ce n'est pas étonnant on sort de siècles où l'on ne disait rien! Les femmes ou des enfants victimes de prédateurs sexuels étaient systématiquement condamnés. On préférait bien souvent protéger la famille et les apparences. D'autant plus quand l'agresseur était un proche, quelqu'un que l'on respectait ou que l'on aimait." L'amnésie traumatique, un mécanisme de survieDans ce système familial verrouillé par le silence et la honte, l'enfant finit par se persuader qu'il ne s'est rien passé. "Pendant des années, j'ai soigneusement évité de m'aventurer dans ces territoires de mon âme, dont je pressentais le danger", écrit Flavie Flament au début de La Consolation. Bien connu sous le nom d'"amnésie traumatique", ce syndrome dissociatif tient les événements à distance. "C'est un mécanisme de survie, appuie Muriel Salmona. On est déconnecté émotionnellement de ce qui nous est arrivé. On ne l'a pas oublié mais les souvenirs sont perdus dans un flot. C'est fréquent chez les enfants qui ont été agressés par un membre de leur famille. Il s'agit pour le cerveau de ne pas 'mourir' de stress." Quand les souvenirs remontent à la surface de la conscience, il est alors possible de les verbaliser, de mettre des mots sur la maltraitance. Libérer la parole, c'est commencer à se faire pleinement entendre, être reconnu dans sa souffrance d'enfant pour avancer dans sa vie d'adulte. Un lent chemin vers la reconstruction et la résilience que chacune fait à sa manière. Flavie Flament a fait de la défense des victimes un combat elle oeuvre aujourd'hui pour un allongement du délai de prescription des viols sur mineurs. Leslie Rezzoug Les plus lus OpinionsTribunePar Carlo Ratti*ChroniquePar Antoine Buéno*ChroniqueJean-Laurent Cassely
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